
L’Écritoire vagabonde
Biographe privée
Vagabondages au fil des vies
Découvrez quelques courts extraits de biographies écrites par L’Écritoire vagabonde. Récits de vie, nouvelles autobiographiques, poèmes …

Au large
Récit de navigation par Aline B.
J’ai appareillé de M. le 23 août 1983. la mer était encore grosse d’une récente dépression et il a fallu passer la barre qui se forme au bout de la jetée pour sortir du port. Pendant une douzaine d’heures, la remontée s’est effectuée vent debout jusqu’à ce que je vire de bord, au moment où la nuit tombait. J’ai alors fait route vers la côte, dans l’obscurité, sans savoir précisément à quelle distance elle se trouvait avec tous les dangers qu’elle représentait. Mon seul compagnon était un sondeur à piles, c’est lui qui me donnerait le signal pour virer de bord à nouveau quand j’aurai atteint la sonde de cent mètres…

Blizzard
Nouvelle autobiographique par Jérôme L.
Il marchait depuis près d’une heure sur le chemin des crêtes et le changement brutal des conditions atmosphériques se confirmait avec une rapidité alarmante. De manière inexplicable la température avait soudainement chuté et le ciel avait été envahi par une masse d’un blanc électrique qui semblait étouffer l’univers entier. Bientôt arrivèrent les premiers flocons, d’abord clairsemés puis, très vite, en foule compacte, soufflée dans le lit du vent de Nord qui forcissait dans son dos. Poussé par les bourrasques naissantes, il pressa le pas en direction du col de C., s’accrochant au chemin, son seul guide, à présent que le petit et le grand Charnier avaient été avalés par l’approche de la tempête de neige. C’était incongru pour la saison, certes, mais il fallait se rendre à l’évidence, le retour vers la chaleur du foyer n’aurait rien à voir avec l’agréable balade qu’il avait si souvent effectuée. Il fallait faire vite.
Il dévalait le sentier vers le col, enveloppé par les grandes traînées de neige glaciale que le vent soufflait avec une violence croissante, par dessus les sommets. De minute en minute, il prenait conscience de l’ensevelissement du paysage et les pierres du sentier se recouvraient déjà d’une couche de poudreuse à l’aveuglante blancheur. Un autre monde naissait, un univers hostile dans lequel il était seul, à deux heures seulement du village, aussi isolé qu’un navigateur solitaire perdu sur la mer australe. La morsure du froid agressait impitoyablement son visage, ses mains pourtant carrées au fond des poches du blouson. Seul le rythme soutenu de sa marche rapide lui permettait de tenir.
Soudain, le col fut là, invisible dans les bourrasques de neige. Il le sut pourtant, par toutes les fibres de son être. Il arpentait ces parcours depuis tant d’années. Il prit à droite, plein Nord-Ouest en direction de l’Arête de l’Évêque, complètement masquée par la tourmente, et ce fut l’enfer…

En alexandrins
Poème biographique pour Raymond M..
Entre une guerre et l’autre naquit dans le Berry
Un petiot tout rougeaud qu’on baptisa Raymond
Sa douce mère de toutes était la plus jolie
Et son père, au fournil, pétrissait des pains ronds…

Une enfance à la campagne
Biographie d’Arlette S.
Ma mère s’occupait de ses oies avec le plus grand soin. Je me souviens qu’elles étaient énormes, bien plus grosses que moi à l’époque et qu’elles faisaient de bonnes gardiennes. J’ai conservé une photographie de moi assise au milieu d’une demi douzaine de nos oies. Sur cette image, il me semble bien que je leur fais la conversation. C’était une grande fierté de posséder de si magnifiques volatiles et en si grand nombre. Elles occupaient une place prépondérante dans nos préoccupation et lorsqu’ils nous faudra fuir pour nos vies, la seule hésitation que nous aurons sera de laisser les oies sans surveillance. Le car était mon gardien, lorsque je jouais ou aidais au potager, aucun étranger ne pouvait y entrer sans avoir affaire à lui. Au moindre bruit suspect, il redressait son cou, déployait ses ailes et poussait des cris stridents, décourageant quinconque de pénétrer sans permission sur notre propriété. Comme il avait une bonne mémoire, il suffisait de lui présenter une personne amie pour qu’il s’en souvienne et la laisse approcher. Sinon, gare à vous!

Un début saisissant
Biographie de Clémence C.
Je suis née dans un taxi. Ma mère m’a tant de fois raconté cette histoire que j’ai aujourd’hui des images précises dans ma tête. Un peu comme si j’avais assisté à la scène comme un témoin extérieur. Témoin de ma propre naissance…

Haute voltige, souvenirs d’enfance
Biographie de Robert A.
Juché sur mon tricycle, rien ne m’arrête, je franchis tous les obstacles. Notre terrasse est immense puisque celle de la maison est prolongée par le vaste toit de la quincaillerie. Un terrain de jeu de près de mille mètres carrés ! C’est là que se trouve le chenil où vivent les chiens de chasse de mon père. J’ai vitre trouvé le moyen de l’escalader sur mes trois roues pour ajouter un peu de piment à mon circuit habituel. De l’autre côté de la rue se trouve une autre terrasse, c’est le toit du magasin de textile C. dont la devanture est sur la rue du principale. Les propriétaires ont une fille de mon âge, N., c’est mon amoureuse. La première. Nous nous arrangeons souvent pour jouer sur nos terrasses respectives en même temps, comme ça, nous pouvons nous voir, nous faire des signes, nous ne sommes pas seuls. Ce jour-là, je suis en train de rouler tranquillement sur mon petit tricycle quand j’aperçois N. sur le toit de son magasin. Nous nous lançons immédiatement dans une joyeuse pantomime communiquant notre plaisir d’être en présence l’un de l’autre. Tout à coup l’idée me vient de lui montrer mon nouvel exploit : l’escalade du toit du chenil. Je prends mon élan, mes petites jambes moulinent aussi vite q’elles le peuvent, je négocie un virage comme un champion puis entreprends l’assaut de l’édifice en m’aidant de quelques planches appuyées contre son mur. Je me retrouve très vite sur le toit. Les chiens, dérangés dans leur sieste, commencent à aboyer, surpris de ce chahut au dessus de leurs têtes. Cela ne m’émeut pas et je poursuis les arabesques dans la joie de la prouesse et du spectacle. De temps en temps, je lance un regard en direction de Chez C. pour m’assurer que Nicole ne me perd pas des yeux. Soudain, la petite roue avant de ma monture se bloque et, sans que j’aie le temps de réaliser ce qui m’arrive, je m’envole dans un magnifique soleil qui se termine misérablement sur le revêtement en ciment. J’entends un craquement sinistre au moment où mon bras tente dans un réflexe d’amortir la chute.